Data Experience Makers 2025 : ce qu’il faut retenir

IA, data marketplace, gouvernance, retex : ce qu’il faut retenir de l’événement Data Experience Makers 2025 pour accélérer l’usage des données.
Le 13 mars 2025, Opendatasoft réunissait à Paris une partie de son écosystème de clients, partenaires et experts pour la quatrième édition de Data Experience Makers.
Un rendez-vous devenu, au fil des années, le point de repère pour prendre le pouls du monde de la data, explorer les dernières tendances, découvrir des retours d’expérience concrets… et surtout échanger, entre pairs, sur une question centrale : comment démocratiser l’accès aux données pour leur valorisation.
Pour cette édition, des profils d’experts très divers – Banque de France, MAIF, Coface, Birdz-Veolia, CNSA – ont partagé leurs avancées, leurs visions, leurs stratégies. Avec un point commun : tous sont confrontés à la même équation complexe, entre gouvernance, IA, et besoins métier.
Trois temps forts ont structuré la soirée :
- La présentation de l’étude Odoxa 2025, menée auprès de 850 professionnels
- Une keynote de Matthieu Blanc, CDO du Groupe Caisse des Dépôts
- Une table ronde animée par Mick Lévy, réunissant cinq CDO aux enjeux et parcours complémentaires
L’étude Odoxa : la data devient stratégique, mais l’accès direct reste un défi
C’est par un état des lieux sans détour qu’Erwan Lestrohan, directeur conseil chez Odoxa, a ouvert la soirée. Pour cette nouvelle édition de l’Observatoire de la démocratisation de la donnée, menée auprès de leaders data et utilisateurs métiers, un constat s’impose : les lignes ont bougé, et vite.
Les chiffres d’une prise de conscience généralisée
En l’espace de trois ans, la place de la donnée dans les organisations a profondément évolué.
60 % des leaders data (CDO, DSI, CTO…) considèrent aujourd’hui que le partage et l’usage des données constituent un axe de développement prioritaire — ils n’étaient que 39 % en 2022. Ce bond de +21 points marque, selon Erwan Lestrohan, une véritable bascule de l’opinion.
Cette dynamique se retrouve aussi du côté des outils et des usages :
61 % des répondants estiment que leur organisation est “en avance” sur l’accès et le partage des données, soit +25 points en trois ans. Et 45 % déclarent avoir mis en place un accès global aux données pour leurs équipes, une progression de +10 points par rapport à 2022.
Autant de signaux qui témoignent d’une prise de conscience stratégique, alimentée par une meilleure perception du retour sur investissement… et par l’essor de l’IA, qui impose aujourd’hui un socle de données robuste, bien gouverné, et aisément exploitable.
Un décalage persistant entre décideurs et utilisateurs
Mais ce tableau optimiste est tempéré par un contraste indiscutable : seuls 26 % des utilisateurs métiers interrogés partagent l’idée que leur organisation est “en avance” sur ces sujets.
Derrière cet écart, un problème structurel : l’absence d’outils simples et l’intermédiation systématique par des experts.
Comme le souligne Erwan Lestrohan, un tiers des répondants côté métiers déclarent devoir passer par un analyste ou un spécialiste pour obtenir des données exploitables. Une situation qui ralentit les usages, limite l’autonomie, et crée une forme de dépendance que l’enthousiasme des directions générales ne suffit pas à résoudre.
Gouvernance, marketplace, IA : les priorités pour 2025
Face à cette dynamique contrastée — entre vision stratégique et réalité opérationnelle —, les leaders data tracent des axes clairs pour les mois à venir.
70 % identifient la gouvernance comme un chantier prioritaire. Ils sont aussi 67 % à vouloir structurer l’accès aux données à travers une data marketplace interne, et autant à miser sur l’IA pour mieux automatiser et valoriser les usages.
Ces trois leviers dessinent une feuille de route commune : structurer, fiabiliser, ouvrir. Car sans socle robuste, l’IA ne peut produire ni insights fiables, ni résultats concrets.
Une feuille de route lucide à la Caisse des Dépôts
Après ce panorama chiffré, c’est Matthieu Blanc, Chief Data Officer de la Caisse des Dépôts, qui a pris la parole. Une keynote très attendue, tant cette institution publique incarne à elle seule les défis structurels d’une gouvernance data transversale.
La Caisse des Dépôts s’appuie sur le partage de la donnée pour résoudre trois problèmes majeurs : faire émerger un point de vérité unique, réduire les coûts de duplication des données, et favoriser l’alignement stratégique entre services.
Trois leviers structurent cette démarche.
L’acculturation, d’abord, avec une charte en dix règles validée par le Comex, qui rappelle un principe fondateur : « Les données n’appartiennent pas aux domaines, les autres ont le droit d’y accéder. »
La gouvernance, ensuite, portée par un comité inter-domaine où producteurs et consommateurs de données se retrouvent pour partager leurs besoins et arbitrer les priorités.
Enfin, la mutualisation des sources externes, indispensable pour faire converger les usages autour de versions uniques et partagées, comme l’illustre Matthieu Blanc :
« On s’est aperçus qu’on avait plein de versions de la base Siren… alors qu’elle est pourtant produite par un seul organisme en France. »
Côté outils, la Caisse des Dépôts a massivement investi dans la gouvernance des données : glossaires partagés, sondes de qualité, certification des jeux de données par les producteurs… Une approche fondée sur la transparence, essentielle pour instaurer une confiance durable entre directions.
Mais structurer la donnée, c’est aussi préparer le terrain à ce que Matthieu Blanc appelle “le momentum IA”.
Face à l’effervescence actuelle, il en profite pour rappeler « pas de data, pas d’IA ». Une manière claire de rappeler que sans socle robuste, aucun algorithme ne peut livrer des résultats pertinents. Et que la gestion des données, souvent perçue comme ingrate, devient un passage obligé pour toutes les organisations en quête d’impact.
Table ronde : retours d’expérience croisés autour de la démocratisation des données
Après cette première prise de parole engagée sur les conditions d’un partage pérenne de la donnée, la discussion s’est élargie à d’autres terrains. Sous l’animation de Mick Lévy, expert reconnu de la transformation numérique et auteur de Sortez vos données du frigo, cinq intervenants ont confronté leurs expériences en matière d’ouverture et de partage de données. Objectif commun : concilier accessibilité, fiabilité, performance et gouvernance.
Banque de France : unifier pour mieux décider
À la Banque de France, la donnée a longtemps été cloisonnée, dispersée entre métiers et services.
« On s’envoyait des fichiers sans point de vérité », résume Sylvie Calvet, directrice de la Direction de l’informatique métier et des moyens (DIM).
La rupture s’est opérée à partir de 2017, avec la création d’un premier data lake, puis, en 2022, d’une data platform unifiée, appuyée par une gouvernance rigoureuse. Objectif : garantir à l’ensemble des métiers un accès fluide aux gisements de données partagés — dans la limite de ce que la confidentialité permet.
Les volumes donnent le vertige : plus de 13 pétaoctets de données, 3 millions de séries statistiques en interne et 45 000 séries publiques accessibles sur le portail Webstat, développé avec Opendatasoft.
« Partager les données, c’est enrichir les décisions, améliorer la qualité, réduire les coûts et renforcer la transparence », souligne Sylvie Calvet.
La transformation s’appuie aussi sur un catalogue partagé, alimenté directement par les métiers, et sur une politique de gouvernance très fine. Résultat : des données mieux qualifiées, des outils analytiques mutualisés, et une acculturation des équipes, portée par une direction dédiée.
MAIF : centraliser sans freiner l’autonomie
Chez MAIF, l’organisation data repose sur 250 spécialistes, intégrés à une direction unique mais détachés fonctionnellement au sein des métiers.
« On peut avoir une organisation agile sans abandonner la structuration. La gouvernance doit suivre la maturité de l’entreprise », défend Thierry Champeroux, Chief Data & AI Officer.
La MAIF a entamé il y a plusieurs années un vaste projet de replatformisation, fusionnant quatre systèmes en une seule plateforme data. Cette architecture consolidée, doublée d’un accompagnement de proximité dans les squads, permet aujourd’hui de conjuguer autonomie métier et cohérence globale.
La donnée devient un vecteur de transformation, notamment face aux enjeux climatiques : une cellule climat mêlant experts data et métiers modélise les risques environnementaux en croisant données météo, état des sols, vulnérabilités et portefeuilles assurés. Opendatasoft joue ici un rôle clé dans l’intégration des sources open data.
Coface : moderniser sans tout reconstruire
Présente dans 100 pays, Coface manipule une immense diversité de données internes et externes. Et l’enjeu est stratégique : la seule valorisation des données externes a généré 70 millions d’euros de revenus cette année.
Mais pour bâtir une architecture data moderne, pas question de tout démolir.
« On ne voulait pas tout refondre : ça coûte cher, et les sponsors ne suivent pas toujours », résume Samia Boujatioui, Group Head of Data Management.
La solution retenue : un virtual data lake, adossé à une couche de data virtualisation, permettant de croiser les sources sans les dupliquer.
Cette architecture légère, taillée pour les profils techniques (data analysts, business technologists…), constitue un premier socle. La suite repose sur la création d’une data marketplace interne, pensée comme un portail unifié orienté métiers, avec une logique de data products prêts à l’usage. « Cette approche a permis de diviser par trois les coûts de certains projets », affirme Samia Boujatioui.
Autre bénéfice de cette logique modulaire : la réutilisation rapide de produits de données d’un projet à l’autre. Coface prévoit désormais d’automatiser et d’industrialiser ces usages via l’IA. La transformation data se poursuit, avec une conviction : l’autonomie des métiers commence par une donnée maîtrisée, accessible et activable.
CNSA : l’open data au service de l’autonomie
Devenue cinquième branche de la Sécurité sociale, la CNSA (Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie) accompagne les politiques en faveur des personnes âgées et en situation de handicap. L’accès à la donnée constitue un levier majeur pour piloter les territoires, planifier les actions, partager la connaissance.
La stratégie repose sur trois piliers : structurer la gouvernance, renforcer les infrastructures, ouvrir les données. Et c’est dans cette logique que la CNSA a fait appel à Opendatasoft, afin de bâtir un portail public enrichi, en cours de finalisation.
« On va pouvoir faire des partages ciblés avec des journalistes, des chercheurs, des ARS, dans un espace sécurisé », souligne Papa Modou Mbengue, CDO de la CNSA. Un pas vers une logique de data sharing, avec des accès différenciés selon les publics.
La plateforme embarque déjà un observatoire des territoires, outil de pilotage stratégique qui permet, entre autres, d’identifier les zones où implanter de futurs EHPAD. Une manière d’orienter l’action publique à partir d’indicateurs fiables, cartographiés et réutilisables.
Prochaine étape : connecter ce portail au data catalogue interne, pour faciliter l’accès aux définitions, aux métadonnées et aux jeux disponibles. Une avancée structurante vers une autonomie renforcée… et un pilotage par la donnée.
Birdz : croiser les données pour mieux révéler l’invisible
Chez Birdz, filiale du groupe Veolia, la donnée se mesure d’abord sur le terrain : capteurs installés sur les réseaux d’eau, mesures en continu, signaux faibles à décrypter.
« Nos capteurs peuvent transmettre des données à la seconde. Mais parfois, ce n’est pas assez précis pour localiser un incident sur un réseau vieillissant », explique Marie Maurel, directrice générale de Nemoxys et responsable des activités eau et biodiversité chez Birdz.
Pour valoriser ces flux massifs, Birdz a fait le choix d’une stratégie de croisement des données, associant mesures issues des capteurs, bases internes et données open data. L’objectif : produire des indicateurs actionnables, corrélant par exemple qualité de l’eau, plaintes usagers et travaux réseau. Opendatasoft, partenaire historique de la démarche, permet d’unifier les sources et de faciliter la restitution.
Cette approche se décline aujourd’hui à d’autres domaines. Un projet, mené avec le Muséum national d’Histoire naturelle, mobilise l’IA pour analyser des enregistrements sonores de la biodiversité. Objectif : identifier automatiquement les espèces animales via des capteurs acoustiques placés dans la nature.
« On reconnaît déjà 150 espèces. L’intelligence artificielle permet de traiter bien plus de données que les méthodes classiques », précise Marie Maurel.
Deux enjeux structurent désormais les priorités de Birdz : réduire les délais de mise en marché des capteurs, en décloisonnant les équipes dès la phase de conception, et intégrer l’IA à tous les niveaux, du traitement au pilotage, sans compromis sur la sécurité.
Vers un partage des données à l’échelle
Des data lakes aux marketplaces, de la gouvernance aux expérimentations IA, un même fil rouge a traversé cette édition 2025 : la donnée ne vaut que si elle circule, se comprend et s’active. Encore faut-il en créer les conditions.
Car l’enjeu dépasse la technique. Il s’agit d’installer une véritable culture data, partagée par tous — des directions aux équipes opérationnelles. Et de faire de l’intelligence artificielle non pas un mirage algorithmique, mais une alliée concrète des usages métiers.
C’est ce cap que trace Opendatasoft aux côtés de ses clients : rendre les données accessibles, fiables et exploitables, sans barrière d’entrée.

Dans le monde actuel axé sur les données, de nombreuses organisations ont du mal à faire évoluer leur consommation de données, celles-ci étant dispersées dans plusieurs systèmes, ce qui complique leur accès, leur compréhension et leur exploitation efficace. Comment les organisations peuvent-elles transformer ces données en valeur, leur permettant ainsi de stimuler la prise de décision, l’innovation et l’adoption de l’IA ? Ce guide pratique aide les Chief Data Officers (CDO) et les responsables des données à transformer leur stratégie de données et à atteindre leurs objectifs en mettant en place des Data Product Marketplace en libre-service.

L’édition 2025 de notre Observatoire de la démocratisation des données en France est disponible ! Elle interroge de façon inédite deux cibles complémentaires – leaders data (CDO, responsables data & analytics, etc.) et utilisateurs ou consommateurs métier. Au total plus de 850 répondants ! Cette étude, réalisée avec le cabinet Odoxa, montre des évolutions significatives des pratiques et de la maturité des organisations en matière de partage des données. En dépit des progrès constatés, elle souligne que l’autonomie des métiers dans l’utilisation des données au quotidien reste à concrétiser. Pourtant, les leviers pour y parvenir sont à portée de main.

Comment l'IA générative peut-elle aider les Chief Data Officers et autres responsables data à optimiser leurs processus ? En nous basant sur la dernière étude de Gartner, nous abordons dans cet article de blog les atouts de l’IA intégrée au stack de gestion des données.